Elisabeth Tremblay

Écrivaine conseillère

Les écrivains et le casse-tête des impôts…

À plusieurs reprises, dans les dernières semaines, des questions concernant les impôts ont été soulevées par des écrivains via les médias sociaux. Dans la plupart des cas, les auteurs s’interrogeaient sur les dépenses admissibles, les déductions auxquelles ils avaient droit, de même que les revenus qu’ils devaient déclarer. Je vous offre, ce matin, les réponses à ces trois questions:

Les dépenses admissibles

Pour chacune des dépenses énumérées plus bas, vous devez conserver les reçus de caisse, les factures, les relevés et autres documents qui prouvent que vous avez effectué cette dépense. Il peut être aussi utile de faire des photocopies de certains documents puisque certains types de papier comme certaines encres ne résistent pas au temps. N’oubliez pas que Revenu Québec et Revenu Canada peuvent revenir jusqu’à 5 ans en arrière lors d’une vérification; il faut donc que vos preuves «durent» jusque-là!


1-Les dépenses générales :
Cotisations syndicales et professionnelles (Ex : Uneq ou AEQJ) Salaires et bénéfices marginaux versés Honoraires professionnels versés Frais juridiques pour établir un droit ou recouvrer une dette Frais de comptabilité Commission à un agent Droits d’auteurs payés à un tiers Papeteries et fournitures de bureau Photocopies      Timbres, expédition et livraison Matériel d’artiste Laboratoire et frais de traitement Déplacement et transport en commun Télécommunication (un maximum de 50% du téléphone personnel) Intérêt sur l’argent emprunté aux fins de l’entreprise Frais de lancement Frais de publicité et cadeaux de ses livres Photographies et curriculum vitae Assurances de l’équipement Entretien ou location d’équipement Achat de livres et périodiques Frais de voyage pour affaires


N.B. Contrairement à la croyance populaire, les vêtements ne sont pas des dépenses admissibles pour les écrivains à moins que l’on parle de vêtements de scène comme pour Géronimo Stilton ou encore  Nathalie Choquette lorsqu’elle se costume pour promouvoir son livre Mademoiselle Myrtille.


2-Les dépenses qui doivent être réparties sur plusieurs années :

L’achat de certains biens meubles (équipement, meuble, ordinateur) ne peut être admissible que s’il est amorti (étalé) sur plusieurs années. L’auteur doit alors utiliser la méthode de calcul dite «dégressive» pour calculer le montant de la déduction admissible. Qu’est-ce que ça veut dire? Que la portion que vous pouvez déduire sur votre rapport d’impôt sera calculée à un taux fixe sur la valeur non amortie de l’année précédente. Les taux d’amortissement acceptés par l’impôt sont les suivants :

Mobiliers et agencements          20% Livres et références                      20% Outillages et instruments          20% Automobile                                     30% Systèmes informatiques            55% *Logiciels                                          100%

 *Entre 2009 et 2012, les ordinateurs n’avaient pas besoin d’être amortis.
Voici un exemple : Vous achetez du mobilier de bureau d’une valeur de 1000$. Il sera déprécié de 20% par année, soit 200$ pour l’année en cours. L’année suivante, il faudra calculer l’amortissement sur 800$ (1000$ – 200$) toujours au taux de 20%, soit 160$ et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il ne reste rien. L’auteur n’est pas tenu de réclamer la totalité du montant de DPA admissible pour une année.
Si l’auteur utilise un bien en partie pour affaires et en partie pour son usage personnel (par exemple une automobile), la DPA doit être calculée en proportion de chacun des usages.Il n’est pas nécessaire d’amortir un équipement dont le coût est inférieur à 100$.


3-Frais d’automobile :

Les frais d’automobile sont déductibles au prorata de l’usage commercial par rapport à l’usage personnel. Vous devez donc calculer la proportion (%) de kilométrage faite pour le travail par rapport au kilométrage total effectué dans l’année.  Les dépenses suivantes sont admissibles :

Allocation du coût en capital si vous êtes propriétaires du véhicule (voir point 2) Location ou frais de financement Immatriculation, permis de conduire, assurance Essence et entretien Frais de stationnement, de péage et de traversiers Frais de réparations suite à un accident survenu dans le cadre de vos activités professionnelles seulement.

4- Frais de bureau à domicile


L’auteur peut déduire des frais raisonnables d’un bureau à domicile à la condition que celui-ci soit son principal lieu de travail et que la pièce utilisée servent exclusivement à des fins d’entreprises. Ces frais seront une portion (%) de la superficie occupée par le bureau par rapport à l’ensemble du logement. Les frais admissibles sont les suivants :


Allocation du coût en capital (pour les propriétaires) Coût du loyer ou des intérêts hypothécaires Impôts fonciers Assurances Entretiens et réparations Électricité et chauffage


Il est à noter que les frais de bureau à domicile ne peuvent pas causer ou augmenter une perte d’entreprise. Par exemple, si après avoir déduit tous vos autres frais, il ne vous reste qu’un profit de 200$, vous ne pourrez pas réclamer plus de 200$ même si vos frais s’élèvent à 500$. Le 300$ de différence peut toutefois être réclamé dans les années suivantes.
Pour le rapport d’impôt provincial, les frais de bureau à domicile doivent être réduits de 50%  sauf pour la partie chauffage et éclairage. Cette dernière partie demeure admissible au prorata de l’usage commercial et personnel.


5- Frais de repas et de divertissements


Les frais de repas et de divertissements sont soumis à la limite de 50% des frais réellement engagés. Ainsi, une facture de 200$ ne donnera droit qu’à une déduction de 100$. Pour l’impôt québécois, ces frais déductibles à 50% sont aussi plafonnés comme suit :
Si votre chiffres d’affaires est de 32 500$ et moins, le plafond est de  2%,  entre 32 500$ et 52 000$, le plafond est de 650$ et 52 000$ et plus, le plafond est de 1.25%.     

Et maintenant, les revenus qui doivent être déclarés :

Bourses et subventions de toutes provenances* Per diem et kilométrage payé Conférences, animations dans les écoles, tables rondes dans les salons du livre, etc. Droits de prêt public (doit être comptabilisé comme des droits d’auteur) Copibec (doit être comptabilisé comme des droits d’auteur) Droits d’auteur              

*Les prix remis aux auteurs par leurs pairs ou par le public n’ont pas à être déclarés comme revenu.  

                            
Important : Si les droits d’auteur sont toujours imposables en entier au fédéral, il n’en est pas de même au provincial où c’est beaucoup plus compliqué. Au Québec, un artiste qui déclare des revenus de droits d’auteurs peut être admissible à une déduction maximale de 15 000$. Je vous explique :-Si vos revenus de DROITS D’AUTEURS sont de 15 000$ ou moins, vous n’avez pas à payer d’impôt provincial sur cette portion de vos revenus.-Si vos revenus de droits d’auteur se situent entre 15 000$ et 30 000$, vous avez droit à la déduction de 15 000$ et vous devrez payer l’impôt provincial sur la différence.Ex: Pour 27 000$ de revenus de droits d’auteurs, vous devrez payer de l’impôt provincial sur 12 000$ (27 000$ (revenus de droits) – 15 000$ (déduction admissible) = 12 000$)-Si vos revenus de droits d’auteurs se situent entre 30 000 $ et 60 000 $, vous perdez le droit à la déduction à raison de 0.50$ pour chaque dollar qui excède 30 000$. (Oui, c’est ici que ça devient compliqué!)

Ex : Pour 48 000$ de revenus de droits d’auteurs, vous devrez payer de l’impôt sur 42 000$.   48 000$ (revenus de droits d’auteurs – 30 000$ (maximum permis avant de perdre la droit à la déduction) = 18 000$   18 000$ (montant qui excèdent le maximum permis) x 0.50$ = 9 000$   15 000$ (montant maximum de la déduction pour droits d’auteur)- 9000$ (montant que vous ne pouvez plus déduire) = 6000$ (déduction admissible)    48 000$ (revenus de départ) – 6000$ (déduction admissible = 42 000$
– Au-delà de 60 000 $ de revenus de droits d’auteur, aucune déduction n’est admise.


Aussi, plusieurs organismes et maisons d’édition n’émettent aucun papier de style T-4 pour fins d’impôts. En tant qu’auteurs, vous devez prendre l’habitude de photocopier les chèques reçus ou conserver les talons de ces derniers comme preuve de vos revenus.

J’espère que c’est désormais plus clair pour vous! 🙂

Source: Guide de l’impôt de l’Uneq, site internet du gouvernement du Québec et site internet du gouvernement du Canada

Quand le quotidien nuit à la concentration

Rassurez-vous, j’arrive encore à contrôler ma colère. 🤪Mais mon ras-le-bol de l’appareil gouvernemental et de la bureaucratie en ce qui concerne certains aspects de la demande de permis de conduire de mon fils vu ses conditions de santé m’empêchent néanmoins de travailler efficacement. Je n’arrive pas à faire le vide après deux longs appels infructueux cet avant-midi. Alors je vous pose la question: parvenez à reprendre le fil d’une histoire ou d’une direction littéraire après avoir dû régler (ou tenter de régler) une situation quelconque de la vie quotidienne? Réussissez-vous à reprendre où vous en étiez, à retrouver les personnages, les ambiances ? Si oui, donnez-moi vous trucs ! Perso, je sais que je vais devoir faire du ménage dans une armoire, un garde-robe ou mes boîtes de papier de scrapbook pour retrouver une certaine paix intérieur. À moins de me mettre au roman policier ? Un tueur en série serait parfait pour mon humeur du moment… 😏

Travailler à répétions avec un auteur

Petit bonheur de directrice littéraire alors que l’éditeur pour qui je travaille la plupart du temps me dit que je recevrai cette semaine un énième texte d’un même auteur. Pourquoi est-ce que ça me fait tant plaisir ? Parce que ce sixième roman de X en sera un où il n’y aura probablement plus rien des « irritants » présents lors de nos premières collaborations. Bien sûr, j’adore ce que je fais et ça ne me dérange pas du tout de répéter avec chaque « jeune » auteur.e les bases de la direction littéraire, les trucs à vérifier avant de soumettre pour éviter de se ramasser avec une copie excessivement barbouillée de rouge, de souligner les tics d’écriture, les répétitions, la mauvaise habitude des phrases trop longues ou des adjectifs et des adverbes trop présents, de même que tout autre aspect relatif à mon travail. Il y a quelque chose d’extrêmement satisfaisant dans le fait de transmettre des connaissances, d’amener à une prise de conscience de divers problèmes, de proposer des solutions, d’expliquer comment améliorer l’écriture ou la structure. On se sent drôlement utile.

Mais ce serait vous mentir que de dire que je n’aime pas aussi recevoir un texte où tout ca n’existe à peu près plus et où je peux surtout me concentrer dès le départ sur l’histoire elle-même et ses personnages, sur ce qui m’est raconté, sans aucune « distraction ». Et comme X est de ces auteur.e.s qui n’aiment pas trop que je leur pointe le même problème dans deux textes consécutifs… Je les comprends fort bien d’ailleurs, je suis comme ça aussi: je me promets toujours, quand on me souligne quelque chose en dir litt, qu’on ne m’y reprendra plus ! C’est de l’orgueil, je sais, mais ce n’est pas mauvais dans les circonstances, au contraire. 😉

Sur ce, je me sauve, le texte en question vient d’arriver dans ma boîte de courriels. Heureuse coïncidence. Et j’ai un sourire immense…

Résolutions 2021

Ah, mais ça commence bien mal, alors que je n’ai même pas publié de billet le premier jour de l’année… (sourire en coin). En fait, j’ai, comme à l’habitude, dressé une (très looooongue) liste de ce que j’aimerais réaliser pour 2021. Liste à laquelle j’ajouterai nombre de lignes au cours des 10 prochains jours. Je me connais, alors je me laisse une période de jeu pour l’étoffer. J’ignore si j’en arriverai au bout, ou ne serait-ce qu’à la demie, ou même au quart, mais j’aime quand même effectuer cet exercice chaque année. Parce qu’il me démontre que j’ai encore un nombre assez impressionnant de rêves à réaliser, des projets à la pelle et de grandes ambitions, en dépit du temps limité dont je dispose au final pour l’ensemble.

Est-ce qu’il y a, sur cette liste, des trucs plus importants que d’autres ? Oui, bien sûr. Une poignée qui me tient davantage à cœur et dont je vais vous reparler pendant l’année, quand je me sentirai suffisamment en selle pour annoncer que je peux rayer une ligne de ma fameuse liste.

Sans surprise, ce blog et mon site Internet en font partie. Et je le dis tout de suite, dans l’espoir que ça m’obligera à me botter le derrière pour le garder à jour comme il se doit. Difficile de trouver de la clientèle au privé pour du coaching sinon… 😉

Et vous, vous avez des projets d’écriture ? D’art ? De carrière ? Vous avez pris de grandes résolutions, de toutes petites ou aucune ? Vous pouvez en laisser une trace ici, si ça vous tente… pour qu’on s’en reparle à l’aube de 2022. Qu’on réussisse ou pas, l’important sera toujours d’avoir au moins essayé… ! Bonne année 2021 !

Annoncer un « punch »…

En lisant un roman policier cette semaine, j’ai « accroché » sur une phrase d’un genre que je n’apprécie pas particulièrement : l’annonce d’un punch à venir. Je ne suis pas friande de ces annonces que plusieurs auteur.e.s semblent croire nécessaires à la conduite d’une histoire. Je vous donne un exemple de ce dont je parle :

« C‘était celui qui s’appelait Eivind qui lui avait dit ça et, malheureusement, ce fut lui qui eut à regretter ses paroles ensuite. » (L’effet papillon, Jussi Adler Olsen)

J’ai tendance à rayer d’emblée ses phrases dans les romans que je « coache » puisque je les juge inutiles. Surtout pour annoncer quelque chose qui se produit assez souvent à l’intérieur des deux ou trois chapitres suivants. Est-ce par crainte de ne pouvoir soutenir l’attention du lectorat jusqu’à l’instant fatidique que les auteur.e.s se servent de cette technique ? J’avoue que je ne comprends pas trop alors… dites-moi donc ce que vous en pensez. Peut-être que ça m’éclairera.

Série synonymes

Dans cette série, je vous donne des mots que je croise au fil de la lecture des textes sur lesquels je travaille et qui sont utilisés comme synonymes l’un de l’autre alors qu’ils n’en sont pas.

Deux p’tits nouveaux dans cette série, cette semaine, soit les comprimés et les gélules. Selon le Petit Robert, les premiers sont des pastilles pharmaceutiques faites de poudre compressée alors que les secondes sont des capsules de gélatine dures, formées de deux parties emboîtées l’une dans l’autre, contenant des substances médicamenteuses. Non seulement on comprend que ce n’est pas la même apparence ni la même texture, mais il faut aussi savoir que la vitesse d’action ou d’absorption ne sera pas la même pour le corps humain. Dépendamment de ce que vous écrivez, ça peut faire une réelle différence !

Trop d’acronymes…

Depuis que je suis directrice littéraire plus souvent qu’écrivaine, ma façon de lire a changé. J’aimerais bien pouvoir savourer un roman sans jamais en analyser quoi que ce soit, mais c’est devenu impossible. Bien malgré moi, je décortique, je cherche à comprendre, je repère les erreurs comme les problèmes, je note les bons coups, j’étudie les formes de narration… Bref, ce n’est plus de tout repos ! D’un autre côté, c’est ce qui me permet de me perfectionner comme dir lit autant que comme écrivaine. Il n’y a donc pas que des mauvais côtés.

Pourquoi je vous parle de ça aujourd’hui? Parce qu’au cours d’une de mes lectures récentes, j’ai dû prendre une pause. De façon sporadique, j’avais de la difficulté à suivre l’histoire et je n’arrivais pas à cerner pourquoi. Pourtant, ce n’était mon premier roman policier, -loin de là ! -, l’intrigue n’était pas si complexe et les personnages étaient fort bien définis. Mais qu’est-ce qui pouvait bien clocher alors? Je me suis plongée dans quelques revues documentaires, histoire de me changer les idées et de réfléchir différemment, puis je suis revenue à ce roman. Et j’ai compris…

Dans cette intrigue qui se déroule au sein du monde du sport, la discipline en question compte nombre d’associations désignées par des acronymes. Et c’est cette abondance d’acronymes, qu’on arrive difficilement à rattacher à des noms complets puisqu’ils y en a vraiment trop, qui finit par nous distraire et nous faire perdre le fil. Pour la majorité des gens, le cerveau a besoin d’au moins trois répétitions d’une information pour qu’elle soit correctement mémorisée. Dans le cas présent, il était selon moi utopique de croire qu’un lecteur pourrait assimiler jusqu’à une dizaine d’acronymes à la fois en quelques pages, et ce, tout du long. Surtout que, dans un contexte de roman policier, on ne sait jamais quels indices seront déterminants et on tente donc de retenir le maximum de détails jusqu’à la fin.

Attention, je ne dis pas qu’on ne devrait pas utiliser d’acronymes, au contraire. Notre vie est remplie d’organismes, d’organisations, de ministères, etc., qu’il est souvent plus aisé de désigner par ce raccourci fort pratique. Cela rallongerait drôlement les conversations comme les articles de journaux s’il fallait toujours dire Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation au lieu de MAPAQ, par exemple. Toutefois, je crois qu’il est nécessaire de doser dans des situations où l’abondance règne et/ou qu’il s’agit d’acronymes peu connus. Il y a pas mal plus de chances qu’une personne ait une image claire à la mention de l’acronyme LGBTQ (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenre, queer) qu’à celle de L’APTI ESTRIE (Association provinciale des trappeurs indépendants de l’Estrie).

Je vous laisse méditer là-dessus pendant que je « roule » ma chaise jusqu’à mon espace artistique. C’est la fête des Pères demain, j’ai donc quelques cartes de souhaits à créer…

Usito, ou Le parfait dictionnaire pour consultation rapide !

Qu’est-ce qu’Usito ? C’est le premier dictionnaire électronique à décrire le français standard en usage au Québec tout en faisant le pont avec le reste de la francophonie, nous annonce un article du site web de l’Université. Et c’est exactement ce qui me plaît dans cet outil fort pratique, soit le fait de coller à la réalité de la langue de notre belle province, d’en préciser les nuances et de nous renseigner aux passages sur les anglicismes.

C’est lors de mon retour sur le banc d’école pour quelques cours de perfectionnements, à l’automne 2018, que j’ai découvert ce dictionnaire en ligne créé par des profs de l’Université de Sherbrooke. S’il était possible à la communauté de l’UdeS d’en user gratuitement, il fallait, pour tout autre personne, payer un abonnement annuel à l’époque. Toutefois, il est maintenant accessible à tous sans frais supplémentaire depuis octobre 2019. Et on serait bien fous de s’en passer…

Envie d’essayer ? Juste à cliquer sur le logo, ci-haut, et le tour est joué. Désormais, vous n’avez plus d’excuses pour ne pas vérifier comment s’écrit un mot, ce qu’il veut réellement dire ou s’il est d’usage commun ici. De quoi donner moins de maux de tête à la directrice littéraire que je suis (sourire en coin) !

Parce qu’il est temps…

Comme vous l’avez sûrement remarqué, je ne suis pas la personne la plus assidue ici. Je suis un peu intense dans la vie, alors j’ai toujours dix mille projets à la fois et j’en délaisse à intervalles réguliers pour mieux y revenir, à intervalles très irréguliers. Mais comme la direction littéraire de manuscrits a pris de plus en plus de place dans mon quotidien au cours des deux dernières années (à preuve, voyez l’onglet  » J’ai travaillé sur »), je me suis dit qu’il était temps que j’alimente un peu ce site tout en y donnant des trucs et des conseils. Pour m’inspirer, je vais puiser dans les nombreux récits lus dans le cadre de mon travail ; j’ai pris des notes sur une multitudes de sujets. Ce soir, je vous en présente un premier, que j’étofferai au fil du temps. De quoi s’agit-il ?…

Des synonymes qui n’en sont pas !

Il y en a deux catégories. La première, c’est celle du « Oui, c’est un synonyme, mais pas dans ce contexte-là ! » Je ne compte plus les fois où j’ai dû écrire en commentaires à un auteur.e que tel ou tel mot ne voulait pas du tout dire ce qu’il croyait que ça voulait dire dans ce contexte précis, et ce, même si c’était un synonyme possible dans la source consultée par ledit auteur. Souvent, ça ajoutait même une certaine confusion dans le récit. Voyez-vous, on ne peut pas simplement ouvrir le dictionnaire des synonymes et piger dans la liste proposé ! (sourire en coin) Il faut bien comprendre les termes également, et peser le pour et le contre au moment de les utiliser. En second, il y a ces mots que l’on s’imagine synonymes l’un de l’autre, même si aucune source ne l’atteste. Des mots qui ne veulent pas du tout dire la même chose tout court. Souvent, on les a entendus dans des contextes similaires et on les a ensuite associés l’un à l’autre sans se poser davantage de questions ! Mmmmm. À ne surtout pas faire. Vous croyez quelque chose, mais n’êtes pas prêt à parier votre chemise que c’est vrai ? Alors vérifiez ! Ça ne coûte pas cher, ça instruit (parce que vous avez plus de chances de vous en souvenir ensuite) et ça vous évite un tas de remaniements de texte désagréables et chronophages quand vient le temps de retravailler un manuscrit.

Pourquoi désagréables et chronophages ? Parce que, souvent, si le synonyme choisit ne fonctionne pas, il y a de fortes chances qu’il n’y ait tout simplement PAS de synonymes possibles. La seule solution est donc de reformuler pour éviter d’avoir à en utiliser un. Et ça demande pas mal plus d’énergie de se creuser les méninges pour réécrire un bout de texte qu’on croyait bien fignolé que de simplement ouvrir un dictionnaire dès le départ et écrire ensuite en conséquences. Après avoir tout donné pour écrire une histoire dont vous serez fier, vous trouverez sûrement plus important et intéressant de peaufiner votre création que de perdre un temps précieux à ajuster trois-quatre phrases qui ne s’intègrent plus aussi bien à cause d’un problème de synonymes ! Non ?

Maintenant, prêt à découvrir un de mes préférés ?

Voici un premier cas où on ne parle pas du tout de la même chose : la paille et le foin. Je vous explique la différence, ce sera plus simple ensuite de vous y retrouver.

La paille, c’est le résidus de la récolte des divers types de céréales comme l’avoine, l’orge et le blé. Une fois que les plants sont passés dans la moissonneuse-batteuse, les grains sont séparés de la paille, qui est ensuite rejetée pour être pressée, la plupart du temps, en petites balles rectangulaires. La paille, c’est donc la tige des plants, une tige vide, d’où son nom. Elle est jaune, ce qui a d’ailleurs donné l’adjectif de couleur jaune paille. Elle est bien connue du grand public pour son utilisation dans les montages décoratifs pour Halloween et le rembourrage des épouvantails de dessins animés (pratiquement plus personne n’a d’épouvantail fait mains dans son potager ! ) On s’en sert aussi, depuis de nombreuses années, comme isolant écologique. Dans les fermes, la paille est surtout appréciée comme litière pour les animaux. Elle ne sert en aucun cas de nourriture.

Le foin, quand à lui, c’est l’ensemble des graminées que l’on coupe, puis que l’on fait bien sécher (ou non), avant de les récolter sous forme de petites balles rectangulaires ou de grosses balles rondes. C’est un incontournable dans l’alimentation des ruminants. Sa couleur se décline en une large gamme de verts et sa composition est toujours un amalgame de plusieurs plantes différentes. On peut d’ailleurs procéder à sa coupe dès le mois de juin alors que la paille ne se récolte qu’à l’automne, quand les céréales sont mûres.

Je vous quitte là-dessus, et vous mets au défi de ne pas avoir une petite pensée pour moi la prochaine fois que vous devrez utiliser l’un ou l’autre de ces deux mots!

Pour mieux retravailler un manuscrit

J’ai déjà quelques contrats de direction littéraire à mon actif. Beaucoup de lecture dans une multitude de genre aussi. Ce qui m’a amené, avec les temps, à constater certaines lacunes récurrentes dans les textes. Le genre de petits détails que ne remarque pas la majorité, mais qui énervent d’emblée les lecteurs et lectrices aguerris ou ceux qui sont habitués à retravailler des textes jusqu’à ne plus avoir envie de les lire du tout. Je fais partie des deux catégories. J’ai tant et tant de fois relu mes séries Filles de Lune et Sang de Pirate en cours de réécriture et suite à la direction littéraire, que je suis maintenant incapable de lire uniquement pour le plaisir (j’y reviendrai dans un autre billet). Mais cette aptitude, développée malgré moi, de repérer le moindre petit détail qui accroche et me fait me demander s’il n’y a pas un problème non réglé dans l’histoire que je suis en train de lire, est aujourd’hui une force que j’exploite à plein pendant l’écriture ou le coaching. Ce qui m’a permis, au fil du temps, de pouvoir dresser une liste des oublis que l’on rencontre le plus souvent. Et j’ai eu envie de parler un peu plus de chacun de ces éléments, histoire d’aider ceux et celles qui n’ont pas encore développé leur œil de lynx…

Lequel aborder en premier ? Je n’ai pas réfléchi longtemps et pris celui en haut de ma liste !  😉 Je vais donc vous entretenir de ce que j’ai appelé Gestion de la noirceur. En fait, le problème est très simple dans ce cas-ci ; on oublie trop souvent, en cours d’écriture, à quel moment exactement du jour se déroule notre récit. Je vous en donne deux exemples.

*On commence un chapitre en disant innocemment qu’il est 20h ou 21h, en été, mettons, et on se lance ensuite dans l’écriture de ce qui hante notre imaginaire. Et là, on se laisse emporter par les péripéties à un point tel qu’il s’écoule l’équivalent de deux, trois ou quatre heures dans le récit. Pourtant, un moment donné, on décrit une scène comme si le soleil brillait toujours au firmament. Alors qu’en réalité, il fait presque aussi noir que dans un four ; il est donc très peu probable qu’un de vos protagonistes voit le sourire dans les yeux de son vis à vis, la queue de chemise qui dépasse de son pantalon, la blessure qui saigne à sa poitrine ou la larme qui roule sur sa joue. Vous tenez à ce que ce soit possible parce que vous aimez la nuit et son aura de mystère ? Ajoutez un clair de lune, un feu de camp, un réverbère ou un trait de lumière provenant d’une fenêtre tout près ! Mieux encore, éloignez-vous des clichés et éclairez nous ça par des flammes de dragon, une fée Clochette revampée ou une lampe de poche aux batteries sur le point de mourir.  Y a pas mal toujours moyen de garder un passage de son texte qu’on aime. Il faut juste accepter de devoir parfois se creuser un peu plus les méninges.

D’un autre côté, vous pourriez aussi choisir de vous passer de la lumière romantique ou voyeuse et user de la nuit pour stimuler un autre des cinq sens de votre personnage. Et l’imagination de votre lectorat en même temps !  Une odeur familière qu’on n’arrive pas à identifier, un parfum de fleur qui n’a pas sa raison d’être, un relent dégoût au milieu d’une route de campagne. Un affleurement sur la peau, l’impression de petites pattes sur la nuque, un sol inégal sous les pieds. Un clapotis sans eau à proximité, un chuchotement quelque part devant, un raclement suspect. Bref, soyez inventifs !

*Toujours emporté par votre élan créatif, vous décidez de nous relater une histoire via plus d’un point de vue. Il fait encore et toujours nuit noire, mais, d’un chapitre à l’autre, le niveau de clarté se modifie au gré de vos besoins d’auteur. Je vous explique :

Paul, qui est une des victimes de votre polar, se plaint de l’opacité de la nuit, n’a pas de lampe de poche et est terrifié par les craquements des branches, le sifflement du vent et le point lumineux qu’il a entraperçu par intermittence au loin, à travers les arbres. Il sait que quelqu’un approche et il a peur de mourir.  (Lui, perdu à deux pas de son campement, ne voit absolument rien.)

Samantha, la femme de Paul, est tout aussi terrifiée. Elle aperçoit des ombres mouvantes dans les bois, voit que son mari, nerveux, tremble et n’a pas l’air du preux chevalier qui la défendra contre la menace qui approche. Elle veut retourner vers la tente dont elle distingue les contours même si l’abri en question est à une vingtaine de mètres.  (Elle, elle voit une couple d’affaires nécessaires à la montée de son  niveau d’anxiété.)

Jacques, tueur en série notoire, a oublié ses lunettes de vision nocturne et pourtant, il avance sans la moindre hésitation dans une forêt  bien garnie de souches, de grosses roches, de dénivellation dangereuses et autres obstacles qui devraient lui causer de sérieux problèmes. Il ne trébuche toutefois jamais, n’est incommodé par aucune branche en plein figure même si les conifères sont légions dans le coin. Il tue ses victimes en se délectant de la peur dans leur yeux, de l’horreur peinte sur leur visage. Il plante son couteau en plein cœur d’un personnage, tranche la gorge de l’autre sans rater sa cible et appréciera même la jolie giclée de sang en forme d’arc sur le gilet rose bonbon de la belle Samantha. (Lui, il voit tout, partout, tout le temps ; la noirceur, c’est pour les faibles.)

Vous croyez que j’exagère cet exemple ? J’aimerais vous dire que oui, mais j’ai croisé des trucs très similaires dans plus d’un livre imprimé. Bien sûr, votre défi ici serait, en retravail, d’ajuster le niveau de noirceur à un degré unique pour qu’il convienne aux trois protagonistes. Et ce, sans perdre aucun des effets que l’on a souhaité susciter chez le lectorat. Vous pensez que c’est impossible ? Je vous dis que tout peut se réussir quand on fournit l’effort nécessaire… 😛

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