Née d’un père contremaître-couvreur et d’une mère téléphoniste chez Bell, j’ai grandi à la campagne, dans un petit rang tranquille de Windsor, en Estrie. J’y ai partagé mon temps entre la ferme de mes grands-parents paternels, à cinq minutes de chez moi, les animaux que nous avions à la maison, les jeux avec mes deux frères plus jeunes, et mon amour grandissant pour la lecture.

J’ai plongé très tôt dans la collection familiale de bandes dessinées, puis dévalisé les rayons de la petite bibliothèque de mon école primaire. Les livres de la Comtesse de Ségur et de la collection de la Bibliothèque Verte occupent une large part de mes souvenirs de 5e et 6e année. Je me souviens d’avoir grogné parce qu’il manquait certains tomes des séries Alice Roy détective, Michel, Le Club des Cinq et Les six compagnons. Ensuite, j’ai arpenté les allées de la bibliothèque de mon école secondaire, où la bibliothécaire m’a vite appelé par mon prénom : elle me voyait tellement souvent ! Si j’ai lu quelques romans à l’eau de rose de Danielle Steel, j’ai surtout, là aussi, lu des enquêtes faite part des personnages qui n’appartenaient jamais à des corps policiers. J’avais un faible prononcé pour les Mary Higgins Clark, d’ailleurs. Petite parenthèse : le livre qui m’a le plus marqué à l’époque n’est pourtant pas un roman de meurtre ou d’enquête, mais bien L’espace d’une vie, de Belva Plain. Je me rappelle même l’avoir lu en 1990, en secondaire 2. La haine qui motivait le personnage principal a profondément marqué mon imaginaire de l’époque…

Que des enquêtes, ou presque, comme vous avez pu le constater. C’est à se demander pourquoi j’ai plus tard écrit de la fantasy en premier lieu ! Probablement pour la liberté de création et l’impression de « puissance » que cela procure. Après tout, il y a quelque chose de très satisfaisant à bâtir un univers de A à Z, sans points de repères véridiques, ni livres de références.

J’ai quelque peu délaissé la lecture pendant mes années de cégep et d’université en lettres, langues et communication : études et travail combinés laissaient peu de place aux bouquins lus pour la détente avant tout. J’ai renoué avec l’imaginaire des autres pendant ma première grossesse, en 1998. Puis, à peu près en même temps que la naissance de ma fille, l’envie d’écrire mes propres histoires s’est fait sentir. Mais si Filles de Lune était d’abord l’histoire d’une adolescente de quinze ans dans une trame de roman jeunesse, le récit commencé au tournant du millénaire s’est grandement modifié au fil du temps. Pourquoi ? Avant tout parce  mon fils, né en 2001, a reçu un diagnostique de tumeurs cérébrales moins d’un an et demi plus tard. Quand j’ai repris mon manuscrit, abandonné le temps des traitements de chimio et de radio, Naïla avait vieilli à travers mes propres épreuves.