Écrivaine conseillère

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Le Décalogue de Knox

Si vous me suivez via Goodreads, vous savez déjà que j’ai toujours plusieurs livres en cours de lecture. Hier, pour la recherche sur mon prochain roman, j’ai commencé « A comme arsenic », un bouquin sur les poisons utilisés par Agatha Christie dans ses nombreux romans. Dans l’introduction, on y parle du Décalogue de Knox. Knox est un auteur de roman policier de la même époque que Christie, cette époque qu’on a surnommé « L’âge d’or du roman policier ». Dans ledit décalogue, il énumère les dix règles qu’il considère comme essentielles à respecter pour écrire un bon roman policier. À la page 15, cela va comme suit:

1*Le criminel doit être quelqu’un de mentionné plus tôt dans l’histoire, mais pas quelqu’un dont le lecteur a pu suivre les pensées.

2*Le détective ne doit pas utiliser de techniques surnaturelles pour résoudre une affaire.

3*L’usage de plus d’une pièce ou d’un passage secret ne saurait être toléré.

4*Des poisons inconnus ne peuvent être utilisés, ni aucune machine, de telle sorte que le lecteur ne soit pas embarrassé par une longue explication scientifique en conclusion.

5*Aucun Chinois ne doit figurer dans l’histoire.

6*Aucun événement fortuit ne doit aider le détective, De même, on ne doit avoir recours à aucune intuition divine inexplicable. Toutes ses intuitions doivent avoir une origine et se confirmer par la suite.

7*Le détective ne doit pas commettre lui-même le crime.

8*Le détective ne doit pas utiliser les indices qui n’ont pas été présentés au lecteur pour résoudre l’affaire.

9*Le stupide ami du détective, le Watson, ne doit pas dissimuler aucune des pensées qui lui traversent l’esprit ; son intelligence doit être légèrement, très légèrement au-dessous de celle du lecteur moyen.

10*Il ne doit être fait usage de frères jumeaux ou de sosies en général, à moins que nous y soyons dûment préparés.

Au delà du fait qu’Agatha Christie, de même que nombre d’auteurs depuis, a transgressé à peu près toutes ses règles dans un roman ou un autre, il y a la question qu’on ne peut éviter de se poser à la lecture: mais qu’est-ce que la numéro 5 vient faire là ? Vous avez une réponse, vous ? Si oui, je suis fort curieuse de la connaître…

Trop d’acronymes…

Depuis que je suis directrice littéraire plus souvent qu’écrivaine, ma façon de lire a changé. J’aimerais bien pouvoir savourer un roman sans jamais en analyser quoi que ce soit, mais c’est devenu impossible. Bien malgré moi, je décortique, je cherche à comprendre, je repère les erreurs comme les problèmes, je note les bons coups, j’étudie les formes de narration… Bref, ce n’est plus de tout repos ! D’un autre côté, c’est ce qui me permet de me perfectionner comme dir lit autant que comme écrivaine. Il n’y a donc pas que des mauvais côtés.

Pourquoi je vous parle de ça aujourd’hui? Parce qu’au cours d’une de mes lectures récentes, j’ai dû prendre une pause. De façon sporadique, j’avais de la difficulté à suivre l’histoire et je n’arrivais pas à cerner pourquoi. Pourtant, ce n’était mon premier roman policier, -loin de là ! -, l’intrigue n’était pas si complexe et les personnages étaient fort bien définis. Mais qu’est-ce qui pouvait bien clocher alors? Je me suis plongée dans quelques revues documentaires, histoire de me changer les idées et de réfléchir différemment, puis je suis revenue à ce roman. Et j’ai compris…

Dans cette intrigue qui se déroule au sein du monde du sport, la discipline en question compte nombre d’associations désignées par des acronymes. Et c’est cette abondance d’acronymes, qu’on arrive difficilement à rattacher à des noms complets puisqu’ils y en a vraiment trop, qui finit par nous distraire et nous faire perdre le fil. Pour la majorité des gens, le cerveau a besoin d’au moins trois répétitions d’une information pour qu’elle soit correctement mémorisée. Dans le cas présent, il était selon moi utopique de croire qu’un lecteur pourrait assimiler jusqu’à une dizaine d’acronymes à la fois en quelques pages, et ce, tout du long. Surtout que, dans un contexte de roman policier, on ne sait jamais quels indices seront déterminants et on tente donc de retenir le maximum de détails jusqu’à la fin.

Attention, je ne dis pas qu’on ne devrait pas utiliser d’acronymes, au contraire. Notre vie est remplie d’organismes, d’organisations, de ministères, etc., qu’il est souvent plus aisé de désigner par ce raccourci fort pratique. Cela rallongerait drôlement les conversations comme les articles de journaux s’il fallait toujours dire Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation au lieu de MAPAQ, par exemple. Toutefois, je crois qu’il est nécessaire de doser dans des situations où l’abondance règne et/ou qu’il s’agit d’acronymes peu connus. Il y a pas mal plus de chances qu’une personne ait une image claire à la mention de l’acronyme LGBTQ (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenre, queer) qu’à celle de L’APTI ESTRIE (Association provinciale des trappeurs indépendants de l’Estrie).

Je vous laisse méditer là-dessus pendant que je « roule » ma chaise jusqu’à mon espace artistique. C’est la fête des Pères demain, j’ai donc quelques cartes de souhaits à créer…

© 2021 Elisabeth Tremblay

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